Histoire du sepsis

Découvrez l'histoire du sepsis avec Jean-Marc Cavaillon, professeur honoraire à l'Institut Pasteur.

Résumé

 

Il était une fois : sepsis, de Lucrèce Borgia à Louis Pasteur

 

Lucrèce Borgia fait partie des nombreuses figures historiques célèbres mortes de sepsis. Elle a plus précisément succombé à la fièvre puerpérale, un terme introduit en 1718 par Edward Strother. Dès le XVIIIᵉ siècle, certains médecins commencent à s’interroger sur le caractère contagieux de cette maladie. Parmi eux, Alexander Gordon se distingue en reconnaissant avoir lui-même transmis l’infection à ses patientes.

 

En 1857, Ignaz Semmelweis apporte une démonstration décisive : la fièvre puerpérale est propagée par les mains des étudiants en médecine. Cette découverte met en lumière le rôle essentiel de l’hygiène dans la prévention de la septicémie. Florence Nightingale contribuera elle aussi largement à faire reconnaître l’importance des mesures d’hygiène dans les soins.

 

Jusqu’au milieu du XIXᵉ siècle, la théorie des miasmes reste dominante. Elle est progressivement remise en cause lorsque deux médecins strasbourgeois, Victor Feltz et Léon Coze, observent la présence de bactéries mortelles dans le sang de leurs patientes. Dix ans plus tard, Louis Pasteur confirme ces observations.

 

La septicémie ne touche pas uniquement les femmes : des hommes en meurent également, notamment des soldats blessés sur les champs de bataille. Transportés à l’hôpital, ils succombent souvent à des infections nosocomiales, alors appelées gangrène hospitalière, fièvre hospitalière ou fièvre putride. Le terme « septicémie » est d’ailleurs proposé en 1837 par Pierre Piorry. Alexandre François Ollivier ira jusqu’à démontrer sur lui-même le caractère contagieux de la maladie.

 

Armand Trousseau est le premier à établir un lien entre la fièvre puerpérale et la fièvre des blessés, y voyant un même mécanisme pathologique. S’appuyant sur les travaux de Pasteur, Joseph Lister développe ensuite les principes de la chirurgie aseptique, permettant d’éviter que de nombreux patients amputés ne meurent de septicémie.

 

S’ouvre alors une nouvelle étape avec l’identification des toxines bactériennes. L’une d’elles, l’endotoxine - terme introduit par Richard Pfeiffer - est progressivement reconnue comme un acteur majeur de la maladie et sera caractérisée sur le plan biochimique par Lydia Mesrobeanu et André Boivin.

 

A propos de Jean-Marc Cavaillon

 

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Jean-Marc Cavaillon

Jean-Marc Cavaillon est professeur honoraire à l’Institut Pasteur, où il a effectué l’ensemble de sa carrière après un stage postdoctoral à l’Université de Toronto (Canada). Il a dirigé l’unité de recherche « Cytokines & Inflammation » et le département « Infection et Épidémiologie ». Il a été président de l’International Endotoxin and Innate Immunity Society ainsi que de l’European Shock Society. Il a également occupé les fonctions de rédacteur en chef adjoint des revues Cytokine et Shock.

 

Ses travaux ont porté sur l’inflammation, la septicémie et l’immunité innée, en particulier sur les cytokines, les macrophages et les endotoxines bactériennes. Il s’est impliqué dans la recherche translationnelle, en étudiant l’état immunitaire des patients atteints de septicémie et d’autres pathologies inflammatoires sévères.

 

Il est l’auteur de 171 articles scientifiques, de 133 articles de synthèse et de quatre ouvrages, dont Inflammation - From molecular and cellular mechanisms to the clinic (avec le Pr Mervyn Singer), ainsi que deux livres en français consacrés à l’histoire des sciences : La flamme salvatrice, Il était une fois l’inflammation et Le mauvais air.